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Johannes Leppien

L'idée et l'expérience ne se rencontrent jamais. Seuls l'art et l'action peuvent les unir. (Goethe)


Le 16 août 1941, à 16 heures, Marius LOBY, Maire désigné de Sorgues, unissait par le mariage, après plusieurs refus, Kurt Gottfried Berthold Johannes LEPPIEN, photographe à Lunebourg (Allemagne), domicilié à Sorgues, et Suzanne NEY, sans profession, née à Budapest (Hongrie), domiciliée à Sorgues.

 

Les témoins de ce mariage étaient Noélie GAVAUDAN, sans profession, et Michel SCHMITT, artiste peintre, tous deux domiciliés à Sorgues.

Jean LEPPIEN vit à Sorgues, avec Suzanne, depuis octobre 1940. Ils s'établissent comme agriculteurs , plantent des légumes, vendangent à Châteauneuf-du-Pape, et participent modestement à la résistance, leur maison servant d'abri et de dépôt d'armes.

Les époux LEPPIEN vivent dans une relative tranquillité jusqu'en mars 1944 où Suzanne est arrêtée le 21, dénoncée comme juive par le fermier qui leur louait la terre. Le lendemain de l'arrestation de Suzanne, c'est Jean LEPPIEN Avignon et envoyé à la prison de Fresnes.

Exilé allemand, ayant fui le régime nazi, il est jugé le 5 mai 1944 en conseil de guerre et condamné à mort.

Sa peine est commuée en 15 ans de réclusion criminelle et il est envoyé en prison en Allemagne alors que sa femme fait partie d'un train de déportés qui quitte Drancy le 29 avril 1944 pour Auchwitz.

Le 25 avril 1945, il est libéré par les Américains, après 400 jours d'emprisonnement. Il revient à Sorgues, après avoir retrouvé sa femme, revenue d'Auchwitz le 20 mai 1945.

Né le 8 avril 1910, près de Hambourg, Jean LEPPIEN, durant sa jeunesse, côtoie les peintres, des dramaturges. «Les noms des peintres me devenaient familiers... J'aimais vraiment les bouquins Dada, les poèmes, calligraphies... » écrivait-il.

Au printemps 1928, après avoir reçu une brochure «Bauhaus», il se rend à Dessau, pour visiter le «Bauhaus». Il rentre comme élève dans cette école le 8 avril 1929, où il suit les cours d'Albers, de Kandinsky, de Klee.

Créé à Weimar en 1919 par Gropius, après la première guerre mondiale, dans l'Allemagne défaite, le Bauhaus ne fut jamais ni un système ni une volonté de style, mais un humanisme rayonnant, servi par des maîtres exceptionnels, sur le plan théorique aussi bien que pratique.

Son enseignement nous rappelle que le combat pour l'art est inséparable du combat pour la liberté, que rien de fécond ne saurait se fonder sur l'éclectisme ou sur le sectarisme, mais dans un engagement sans cesse remis en question.

«Quand un jeune homme, qui se sent l'âme d'un créateur, commence, comme autrefois, par apprendre un métier, alors l'artiste improductif qu'il était n'est plus condamné à pratiquer imparfaitement son art, car son métier, où il peut exceller, lui permet de cultiver ses dons», écrivait Gropius en 1919. Il écrivait aussi «l'artiste n'est qu'un artisan inspiré».

Le Bauhaus se voulait être une «république de l'esprit» et il compte parmi ses professeurs des artistes de génie : Gropius, Johannes Itten, Paul Klee, Laszlo-Moholy Nagy, Wassily Kandinsky, Marcel Breuer, Herbert Bayer.

Outre ces enseignants, des ateliers : architecture, sculpture, théâtre, vitrail, photographie, métal, ameublement, poterie, typographie, peinture murale sur tissage complétaient la formation des élèves de cette école mondialement connue dans les années 1920.

Toutes les oeuvres initiées dans l'enseignement du Bauhaus par les professeurs de celui-ci et les élèves font encore aujourd'hui figures d'avant-garde.

L'esprit créatif et libre de l'enseignement du Bauhaus et sa vie démocratique ont gêné les mouvements nazis et les mouvements de gauche de l'époque.

Le Bauhaus a été liquidé par les nazis, ses professeurs et ses élèves exilés. Beaucoup sont allés en France, dont Jean LEPPIEN.

Son enseignement existe toujours et des écoles de ce type se voient encore, en particulier aux Etats-Unis.

Quant à Jean LEPPIEN, après son séjour d'après-guerre à Sorgues, il continua son oeuvre de peintre, obtint sa naturalisation française en décembre 1946, travailla sur la Côte d'Azur, aux côtés de nombreux artistes : Jacques Prévert, Vasarelly, Polliakof, Hartung, Maudrian, Sonia Delaunay. Il travailla à de nombreux tableaux, sa formation au Bauhaus lui permit aussi de se lancer dans la publicité et la photographie.

Jean LEPPIEN, artiste peintre mondialement reconnu, est maintenant au paradis des artistes, aux côtés de tous ceux qui, comme lui, se sont battus pour la liberté de l'être, la liberté d'expression et le droit de penser.

Tout comme Picasso ou Braque, il a vécu à Sorgues, attiré qu'il fut par la France et la Provence. Sorgues se doit d'honorer les êtres d'exception qui sont passés sur son territoire. Jean LEPPIEN en était.

Alain MILON

Maire

Extrait de la 15ème édition des Etudes Sorguaises "Sorgues : images du passé" 2004