La terreur blanche

1 - La Première « Terreur Blanche »

La première « Terreur blanche » se développa après l’échec des insurrections jacobines (avril et mai 1795). Les bandes royalistes des Compagnies de Jéhu, de Jésus ou du Soleil pourchassèrent et massacrèrent les jacobins, les républicains, les prêtres constitutionnels, les protestants et les détenus politiques des prisons. Elle débuta au mois de prairial an III (mai 1795), à Lyon, et elle s’étendit avec rapidité à l’ensemble du sud de la France, dans un triangle compris entre Bourg-en-Bresse au nord, le Gard à l’ouest et la frontière sarde à l’est.1Généralement, ces massacres avaient lieu avec la complicité des autorités qui cherchaient à anéantir les opinions révolutionnaires.

 

Elle fut très active à Sorgues au cours des derniers mois de l’an IV, thermidor et fructidor (août et septembre 1795).

Depuis thermidor (juillet), les royalistes poursuivaient leurs vengeances contre les patriotes.

Ceux-ci essayaient de se défendre. Les attaques à main armée étaient journalières et le sang coulait.

Le 13 floréal (19 avril 1796), un rassemblement armé, ayant à sa tête un certain Paul Chrétien, de Bédarrides, s’introduisit dans la maison POCHY Jeune pour lui faire un mauvais parti. Ce Jean-Baptiste POCHY, cousin de l’officier municipal qui avait été lâchement tué d’un coup de fusil, le 19 septembre 1791, en cherchant à s’évader par le toit de sa maison, était l’objet de la haine des royalistes. C’était un ex-bénédictin, d’abord curé assermenté de Sauveterre (Gard), puis curé constitutionnel de Sorgues, élu le 13 août 1792 en remplacement de Louis PERU qui, après avoir prêté serment, s’était rétracté. POCHY vivait maintenant retiré, mais sa qualité de patriote le désignait aux vengeances des royalistes. Le 9 floréal an II (19 avril 1793), il avait épousé Jeanne FOURNIER.

Le 2 prairial, André Bénezet était trouvé mort devant la porte de sa propre maison ; des coups de feu étaient tirés sur SAILLARD ; CORNILLON père, âgé de 80 ans, et DESANDRE étaient grièvement blessés. CHASTEL eut la tête fendue, AURES fils fut assommé dans la campagne, MARTEL fut assassiné sur les bords du Rhône.2

Des tueries collectives et des meurtres individuels particulièrement atroces avaient lieu dans tout le département. Ces représailles exercées sur les citoyens amis de la «Montagne » étaient non seulement une affaire d’opinions, mais également elles correspondaient trop à la liste des villages qui comptèrent une forte proportion de guillotinés : Mondragon, l’Isle, Caromb, Sorgues pour laisser croire à une coïncidence.3

Raymond CHABERT

2 - La Deuxième « Terreur Blanche »

Le 26 juin 1815 seulement, on connaît à Avignon la défaite de Waterloo, l’empire s’écroule. Les Bonapartistes, encadrés par les autorités administratives, tentent de résister à la vague royaliste.

Le 27 juin, une majorité de communes ont déjà arboré le drapeau blanc.

Heim, le préfet, arme les fédérés regroupant Républicains et Bonapartistes pour maintenir l’ordre. Un détachement de troupe est dépêché pour reconquérir Entraigues aux mains des royalistes.

Joseph Mery, originaire de Sorgues, fait partie de l’expédition. L’affrontement fait deux morts parmi les monarchistes. Epouvanté par la puissance de l’insurrection, Mery quitte Sorgues et son travail de tourneur dans un atelier de la localité pour se réfugier à Vaison-la-Romaine. Dénoncé, il est mis en état d’arrestation le trois octobre 1815 et incarcéré à Carpentras, comme prisonnier politique, pour le motif suivant : « ...a pris part aux excès que les fédérés d’Avignon commirent le 8 juillet 1815 à Entraigues. »

2.1 - LA FUITE DES FÉDÉRÉS

Le 15 juillet, à deux heures du matin, le général Cassan, à la tête des fédérés, quitte Avignon à l’annonce de l’entrée de Louis XVIII à Paris. Se développe alors ce que l’on appelle la terreur blanche.

2.2 - LA TERREUR EN VAUCLUSE

Les exactions se produisent dans tout le département. A Avignon, Monteux, Carpentras, on assassine une vingtaine de personnes, on détruit des maisons. A Sorgues, l’habitation de monsieur Pons est saccagée. La vengeance s’abat sur ceux à qui l’on reproche leur appartenance révolutionnaire ou bonapartiste. Les représentants du gouvernement démontrent leur faiblesse à l’égard d’individus louches, simples détrousseurs, auxiliaires de la restauration des Bourbons. Une bande de gueux royalistes extorque des fonds au chargé d’affaires du comte de Cessac.

On reproche à ce dernier, propriétaire du château de Brantes à Sorgues, d’avoir reçu son titre de noblesse par lettres patentes de l’empire, le 26 Avril 1808, ainsi qu’un blason de l’empereur lui-même.

Le 1er septembre 1815, le sous-préfet d’Avignon informe le maire de Sorgues qu’on l’a assuré que la propriété de monsieur le comte de Cessac, située sur le territoire de Sorgues au lieudit Brantes, est menacée d’incendie.

« Prenez, monsieur le maire, toutes les précautions pour empêcher cet attentat. » (AD Vaucluse 2 - I - 11)

Pour les membres du clergé constitutionnel, la vie devient difficile.

Le curé Mathieu, constitutionnel qui exerça son ministère à Sorgues de 1811 à 1816, fut désigné par le préfet royaliste Saint Chamans comme un mauvais prêtre et chassé de son presbytère par la vindicte populaire.

Il faut attendre le douze février 1816 pour que le préfet de Vaucluse demande au maire de la commune de lui fournir un rapport détaillé sur les troubles qui ont agité le pays, accompagné des procès-verbaux constatant les voies de faits, dégâts, ravages et dévastations commis sur le territoire de Sorgues.

2.3 - UN SORGUAIS CONDAMNÉ

Alors que les royalistes ne sont pas inquiétés pour les exactions commises, Paul Forment va payer pour les troubles et dévastations des fédérés.

L’enquête sur les dégâts constatés sur la propriété du dénommé Pons conduira entre autres à l’arrestation du Sorguais Paul Forment, fils de Thomas et Marie Rosette. Il sera incarcéré à Avignon et condamné sous le n° 14378 à cinq années de fers au bagne de Toulon.

Le 21 mars 1822, il est libéré après avoir purgé cette lourde peine. Il doit rejoindre son village sous 15 jours. Ce même 21 mars, il quitte Toulon, passe au Beausset et couche le soir même à Cuges.

Le 22, il loge pour la nuit à Aix-en-Provence après son passage à la gendarmerie pour faire viser sa feuille de route. Le 23, il est à Lambesc. Le 24 mars 1822, il arrive à Sorgues et se présente au maire (monsieur Jourdan) qui signe et témoigne de son arrivée. (AD Vaucluse 2 - I - 11)

Placé sous surveillance de la haute police, il attendra douze longues années la loi permettant aux condamnés politiques d’obtenir un secours financier. Paul Forment en fait la demande.

Enfin, le 23 janvier 1835, le maire de Sorgues est informé par la préfecture que le sieur Forment percevra une somme de 75 francs par trimestre au titre de condamné politique sous la restauration.

Paul Forment, condamné à cinq années de bagne à la chiourme de Toulon pour motif politique, décédera à Sorgues, son village natal, en janvier 1847.

Alain Sicard


 

1 Histoire de Vaucluse, par René Moulinas, Alain Maureau, André Simon, éditions A. Barthélémy, Avignon, 1993, tome I, page 84

2 ADV. Académie de Vaucluse – année 1904 – page 261

3 Histoire de Vaucluse, par René Moulinas, Alain Maureau, André Simon, éditions A. Barthélémy, Avignon, 1993, tome I, page 89