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Les malheurs du notaire Aimé Maucuer

Je vais vous raconter une vieille histoire et les conséquences très fâcheuses qui en résultèrent pour maître Maucuer, notaire à Sorgues, et la renommée de son étude. Ces faits survivent dans quelques cerveaux, colportés de génération en génération.1

Voilà : le 21 avril 1932, le bureau de poste de l’agence Saint Barnabé à Marseille était attaqué par une bande de voleurs. Cette agression fit trois morts. La Sûreté marseillaise découvrit rapidement le chef du groupe, c’était Emile Camille Maucuer, 40 ans.2 Chaque village abrite des médisants, l’homonymie leur fit imaginer une parenté ; ils prétendaient que le criminel et le tabellion étaient cousins. Dans un bourg sans histoires où flottait dans sa poussière quelque chose qui ressemblait à du salpêtre, ce genre d’information mit le feu au village et le traversa en traînée de poudre ! On n’avait pas eu besoin de battre le briquet. Les lurons, insouciants et toujours prêts à s’amuser, reprirent la nouvelle et goguenardaient.

Aimé Maucuer avait été établi officiellement dans sa fonction le 26 juillet 1913. C’était un honnête officier ministériel ; aucune critique ne pouvait lui être adressée sur le travail produit, pas d’abus de formalités, pas de vices dans les contrats, ou encore pas d’étourderie de clerc. Les actes étaient relus avec soin, ils étaient collationnés. En dépit de ses dénégations, la rumeur courait. Il se trouvait toujours quelques voix fielleuses pour radoter sur le sujet, d’autant qu’Aimé et Emile portaient la barbe, ce qui augmentait, soi-disant, la ressemblance entre les deux hommes, faisant accroire à cette hypothétique parenté. Sa réputation en était ébranlée, beaucoup plus que les médisants le colportaient. Ses clients, si grande que fût leur curiosité, feignaient l’indifférence parce qu’il occupait dans leur esprit un rang supérieur, mais lui se montrait inquiet de les voir quitter l’étude. Ces désagréments le conduisirent à publier dans un journal local un démenti quant à cette agnation encombrante et fausse. Le 30 avril 1934, à cinq heures quatre minutes, la tête d'Émile culbutait dans le panier disposé face au couperet de la guillotine installée par Deibler devant la prison Chave. Le bandit mourut en criant : « Vive la Russie ! », ce qui surprit la foule qui se pressait pour ne rien manquer du spectacle. Certains étaient là depuis des heures pour être bien placés.3 L’officier d’état civil écrivit sur son registre « Camille Emile Maucuer domicilié..., est décédé boulevard Chave... (sic) ».

Aimé Maucuer vendit son étude le 21 janvier 1936.


1 Souvenirs familiaux

2 Jean Contrucci - Marseille des faits divers - éditions Autre Temps - année 2005 - page 21

3 Jean Contrucci - Marseille des faits divers - éditions Autre Temps - année 2005 - page 25

Raymond Chabert