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Sur les traces de la voie romaine ou la traversée de Sorgues

Rechercher les traces d'une voie romaine est un travail de Romains ! L'investigation nécessite un inventaire méticuleux des archives et des rapports d'archéologie disponibles, rédigés par des hommes compétents qui ont consigné leurs découvertes dans le "bulletin archéologique de Vaucluse". Le bulletin de 1882, coté US VI 14, est très enrichissant sur ce sujet. Le recoupement des écrits permet d'affirmer que la voie AGRIPPA longeait le Rhône jusqu'au confluent de la Sorgue, en un lieu appelé CYPRESSETA. "L' histoire de Sorgues" de Louis DESVERGNES, rééditée en 1978, en parle abondamment.


LA VOIE AGRIPPA

Une précision s'impose à son sujet. Certains archéologues appellent la voie romaine de LYON à ARLES "voie Domitienne", (via domina). Ce nom désignait seulement la partie ARLES, ESPAGNE. C'est Domitius Ahenobarbus qui fit réparer et améliorer cette voie antique.

D'ARLES à LYON,

c'est Agrippa qui, comme Domitius, fit réparer et améliorer cette voie de la plus haute antiquité qui était suivie par les Phéniciens et les Massaliotes.

LA VOIE ANTIQUE (RIVE GAUCHIE DU RHÔNE)

A partir de CYPRESSETA (1), en direction de Châteauneuf, la voie romaine emprunte l'itinéraire de la voie antique en suivant le Rhône (voir schéma A). En décembre 1882, des sépultures sont découvertes à 200 mètres du chemin de halage, près d'une campagne appelée "Jouve", dans un terrain situé sur la rive droite de la Sorgue (Ouvèze actuelle) formant un angle aigu au confluent Sorgues/Rhône. Par leurs dispositions , les matériaux et leurs dimensions, les tombes ont une complète ressemblance avec les sépultures gallo-romaines ou gauloises trouvées aux environs de l'antique "Vindalium". Chez les Gallo-Romains, il était d'usage d'établir des tombeaux hors des lieux habités, le long des grands chemins.
L'utilisation de cette voie antique laisse apparaître une zone d'ombre à laquelle les chercheurs et archéologues n'ont pas apporté de réponses précises : - Quel était le moyen permettant le franchissement de la Sorgue? - Y avait-il un pont ? (2) La réponse pourrait se trouver dans la découverte de traces de construc-tion. La présence d'un bac à traille permettait-elle le franchissement de la rivière ?. Cette méthode était connue dans l'antiquité. Plus simplement, un aménagement des berges permettait le passage à gué, cette pratique était la plus utilisée.

UNE ROUTE MODERNE A L'ÉCART DES INONDATIONS
Est-ce que ce sont les problèmes d'inondations de cette zone située entre Rhône et Sorgue ou les difficultés liées au franchissement de la rivière qui limitent les passages ?. L'ensemble de ces raisons fait que les Romains vont abandonner cet itinérai-re. A partir de CYPRESSETA, le tracé de la voie AGRIPPA va être modifié. Dans «l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem► oeuvre du Vème siècle, CYPRES-SETA est désigné comme une MUTATIO (3) entre Avignon et Orange. Ce chan-gement d'orientation de la voie AGRIPPA peut être daté aux environs de 22 avant J.C. ; la voie traversait la commune actuelle de Sorgues en partant de CYPRESSETA, passait à proximité du château de Brantes, s'orientait en direc-tion de la gare S.N.C.E pour aboutir au nord de la commune.


UNE ÉTUDE DATEE DE 1883, INTITULÉE "ÉTUDE SUR LA VIABILITÉ ROMAINE EN VAUCLUSE" (4), NOUS DÉCRIT LE TRACÉ SUR LE PARCOURS ORANGE - CHÂTEAUNEUF - CYPRESSETA.
A partir d'Orange (théâtre antique), elle suivait la rue St Lazare pour prendre la route qui mène à Châteauneuf, elle passait au levant de l'étang d'AGLAN (desséché), aux quartiers de la Gironde de Boileson, elle laissait à droite le hameau de Jaunes et les collines de Maucoil. Parvenue au quartier de la Galiguière, elle prenait à droite un petit ravin (vestiges actuellement recouverts). A la sortie de ce dernier , elle continuait à gauche par le plateau de la Rode et laissait Châteauneuf au couchant. Après un parcours de 4 kilo-mètres, elle rejoignait le chemin de Roquemaure-Sorgues pour atteindre, à l'entrée de ce dernier, la chapelle Notre-Dame de Beauvoir, puis coupant obliquement derrière le chevet de cette chapelle, elle se dirigeait en ligne droite vers la Sorgue qu'elle traversait un peu en aval du pont actuel. Elle coupait le village de Sorgues du nord/ouest au sud/est pour suivre, à partir de la mairie, le chemin des Granges ou Panisse. Ce chemin formait un angle droit avec l'avenue de la gare et aboutissait à la voie ferrée, un peu au-dessus de l'ancien pas-sage à niveau de Brantes (5). Après avoir traversé celle-ci, elle passait succes-sivement devant la propriété de M. CHARDON et celle du docteur YVAREN, elle arrivait ensuite au relais de CYPRESSETA (schéma du tracé B).
Ce n'est pas tout pour une route d'être facile et à l'abri des éléments naturels tels que les inondations ; le nouveau tracé supprimait ces inconvé-nients en s'éloignant des rivières et en franchissant la Sorgue sur un pont de pierre situé un peu en aval du pont actuel de la R.N. 7.
L'acte de naissance de Sorgues était signé. Bien plus tard, on lui donne-ra un nom : "Pont de Sorgues". A l'abri du caprice des eaux qui donnait plus de sûreté à la route, il fallait aussi que le voyageur trouve des gîtes pour l'étape, des relais pour le changement de chevaux, des indications de directions.

L' ANCÊTRE DES BORNES KILOMÉTRIQUES
Des indications très précises sur la longueur du chemin parcouru étaient données aux voyageurs par des stèles de pierres, quelquefois de forme cylindrique ou quadrangulaire, ayant en général deux mètres de haut sur lesquelles on inscrivait le nom de l'empereur régnant, les distances des localités entre elles ou cumulées depuis l'origine de la route. Ces stèles, espacées de mille en mille pas, étaient appelées bornes milliaires (6). Le paysage qui nous entoure a plus que changé, les vestiges ont été détruits par la construction de la voie ferrée ou recouverts par le goudron de nos routes modernes. Il ne subsiste aucune trace de bornes milliaires dans la traversée du territoire de Sorgues.
En l'absence d'éléments, je n'ai pu qu'échafauder des hypothèses à ce propos ; je me suis livré à une mesure de distances au départ de CYPRESSETA de façon empirique, n'ayant pas d'instruments adaptés. Le compteur de ma voiture ayant servi de «mètre étalon», cet exercice m'a apporté, malgré mon approximation, quelques éléments surprenants.
Au départ de CYPRESSETA, les premiers 1481 mètres m'ont conduit à proximité de la propriété de Brantes (n°2 du plan), puis à l'intersection de l'avenue Gentilly avec le chemin des Granges (n°3 du plan) où se situe la croix de mission Gentilly ; au départ de cette dernière et après 1481 mètres par-courus, ma surprise a été de me situer au pied de Notre-Dame de Beauvoir (n°4 du plan). Est-ce une simple coïncidence, car beaucoup de lieux où étaient implantées les bornes milliaires ont été christianisés par l'implantation de croix de chemins, chapelles et autres éléments liés à la nouvelle religion ? Une chose est certai-ne, les Romains ont construit ou repris un important réseau de communications qu'il est difficile de localiser avec précision, seules des fouilles permet-traient de définir avec certitude les lieux cités dans ce document.
En attendant, en se promenant sur un chemin présumé tel, il nous reste le rêve et le mystère de tous ceux qui empruntèrent ces voies, hommes puis-sants ou humbles, tandis que résonnait le bruit sourd des roues cerclées de fer des vieux chariots.


Alain SICARD

Extrait de la 13ème édition des Etudes Sorguaises "Sorgues dans sa diversité" 2001

 

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1°) CYPRESSETA : la découverte d'amphores et autres objets à CYPRESSETA atteste d'un centre d'habitation.

2°) Les Romains, malgré leur grande puissance architecturale, s'étaient montrés très avares de ponts de pierre sur les fleuves et les rivières des Gaules.

3°) II y a trois ordres ou classes de localités CIVITAS : grande ville MANSIO : ville étape MUTATIO : lieu d'étape et changement de chevaux

4°) Bulletin archéologique US VI 15, pages 202, 284

5°) Ce texte fait suite aux découvertes faites lors de la construction de la voie ferrée au niveau du domaine de BRANTES qui firent apparaître le dallage de la voie romaine.

6°) Borne milliaire : borne placée au bord d'une voie romaine pour indiquer les milles. Le mille est une mesure romaine qui valait 1000 pas, soit 1481,5 mètres.

 

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