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Sorgues, ville de passage

Dernière ville avant l'entrée dans Avignon, cité touristique de grande renommée, Sorgues est un lieu de passage se situant sur un axe fréquenté. La route impériale ou route nationale 7 sillonne la commune, le train y fait halte en 1854.
La petite ville possède un riche passé historique souvent ignoré par les voyageurs, ses témoins architecturaux ayant disparu. En effet, la cité est à l'époque médiévale une résidence d'été des Papes qui séjournent à Avignon. Elle détient alors un magnifique château pontifical (1).


A la Révolution, ces monuments sont complètement anéantis. A pré-sent ils s'imbriquent dans les maisons du village en tant que matériaux de récupération. Sorgues est-elle un avant-goût d'Avignon, c'est-à-dire une ville touristique, ou reste-t-elle une ville de passage entre 1800 et 1939 ?


Au XIXème siècle, les voyages deviennent une mode lancée par les aristocrates et les écrivains romantiques. Les aristocrates partent durant de longs mois en villégiatures. Les voyages réservés à l'élite sont pour eux une façon d'avoir de nouveaux privilèges. Ils se dirigent principalement vers les villes à la mode comme les stations thermales, les villes d'hiver de la Côte d'Azur, ou ils partent en Italie. Ainsi le Vaucluse est souvent visité ou entrevu au cours d'un voyage menant ces premiers touristes vers la Méditerranée. A partir de 1936, grâce à la loi sur les congés payés et les avantages accordés aux ouvriers, le tourisme commence à se populariser. Le mouvement est assez faible mais il ouvre la porte à un tourisme de masse.
Cette mode des voyages, qui prend son envol au X1Xème siècle, s'accompagne rapidement d'une littérature spécialisée : les guides de voyages. Ces guides, édités dès le début du siècle dernier, donnent aux voyageurs de multiples renseignements : des itinéraires, des descriptions de monuments, des tarifs de trains, des noms d'hôtels...Ils sont un document pré-cieux à une époque où le tourisme est peu développé. Pour l'historien du tourisme, ces guides sont une source très féconde. Ils offrent de nombreuses indications et permettent de déterminer, en se référant à des sources complémentaires, l'impact du tourisme sur une ville ou sur une région. Ces guides, s'adressant à une élite, établissent des critères pour effectuer le classement des monuments ou des sites dignes d'intérêt. L' ancienneté, la hauteur d'un lieu et son originalité lui confèrent un réel intérêt. En France, la série la plus réputée est celle d'Adolphe Joanne qui devient, après la première guerre mondiale, les Guides Bleus. En 1855, Frédéric Bernard édite un Guide-Itinéraire de Lyon à la Méditerranée. Ce livre suit un tracé simple : la ligne ferroviaire. Ainsi, à l'intérieur, Sorgues possède une place de qualité.
Comment Sorgues est-elle décrite ? L'auteur commence son commentaire par quelques aperçus historiques : l'installation des comtes de Toulouse, la résidence des Papes. Cette brève note historique donne une grandeur à la ville. Une grandeur modérée par la phrase qui suit : «Aujourd'hui il ne reste plus que des débris à peine suffisants pour faire apprécier la vaste étendue de cet édifice. »
Cependant, Frédéric Bernard souligne une qualité de la ville : la beauté de ses femmes semble exceptionnelle. Cette affirmation est reprise par les Guides Joanne et les guides Bleus tels que le Joanne de 1877. Cette réputation doit ravir les voyageurs.
«Les voyageurs et les habitants de la Provence et du Comtat font de temps immémorial l'éloge de la beauté des femmes de Sorgues. On va même jus-qu'à prétendre qu'elles peuvent rivaliser sur ce point avec les Arlésiennes c'est là une question délicate que nous ne nous exposerons pas à trancher. Sans cependant nous ériger en juges, nous reconnaîtrons sans peine que les femmes de Sorgues méritent leur réputation, et qu'il est impossible de ne pas être frappé, si peu que l'on ait le sentiment de l'art, de la grâce antique, du dessin pur et ferme des profils féminins où se retrouvent harmonieuse-ment réunis les types latins et grecs».2
Le guide met également en avant le paysage environnant la ville. Sorgues est donc pourvue de certains charmes. L'inconvénient majeur pour la ville est son manque de monuments anciens qui puissent attirer les touristes. Dans une Provence chargée de trésors architecturaux, les monuments sorguais font pâle figure. Pour certains, ils sont intéressants. Jusqu'en 1846, il reste les deux tours du château pontifical. Sorgues possède une église, un bel hôtel de ville d'allure imposante et les restes d'une église romane se trouvant proche de l'église du Plan de la Tour.

A partir de 1911, Sorgues est qualifiée de ville industrielle par les guides touristiques. D'ailleurs le Guide Bleu de 1933 signale aux touristes qu'ils longent la Poudrerie Nationale. Sorgues est une ville de passage drainant les touristes vers Avignon. Elle en possède toutes les infrastructures. Au MX-ne siècle, une poste aux chevaux est installée sur la route d'Avignon. L 'inauguration de la gare a lieu en 1854. Sorgues est située sur la ligne Paris-Avignon. En 1898, la ville est directement reliée à la cité des Papes grâce à la ligne de tramways électriques. Sorgues est donc un lieu incontournable pour tout voyageur venant du nord et se rendant en Avignon ou dans le sud. C'est une ville de passage où le tourisme ne s'est pas développé.
Pourtant, à la fin des années 30, la ville semble vouloir promouvoir l'envie de visiter la cité pour le plaisir. Le 7 août 1937, un article sur le tourisme paraît, dans «Le petit Provençal». Le titre est évocateur «Sorgues-sur-l'Ouvèze, centre de tourisme». Selon le journaliste, la ville devient un lieu touristique : «Dans quelques mois, la petite ville de Sorgues-sur-l'Ouvèze attirera le touriste et l'homme d'étude» (3). Divers projets sont élaborés pour lancer Sorgues comme centre de séjours d'agrément :
i Création d'archives contenant des documents ayant jusqu'à 700 ans i Fouilles dans la maison de la reine Jeanne i Aménagement en musée de la maison de la reine Jeanne
Ces intentions d'actions sont restées sur le papier ! Les fresques de la maison de la reine Jeanne qui se situe rue du Château, découvertes en 1920 par Paul Desvergnes, se trouvent à la fin des années 30 au musée du Louvre à Paris. La volonté de Sorgues de devenir une ville touristique, dépassant les clichés de cité ouvrière ou ville industrielle, a été réelle, mais les préoccupations occasionnées par la guerre ont modifié ses pro-jets.
Sorgues possède des infrastructures hôtelières. En 1938, les principaux établissements sont l'hôtel Central, l'hôtel des Garrigues, l'hôtel de la Gare, l'hôtel Reynier. Ces établissements sont-ils destinés aux touristes ou aux travailleurs (voyageurs de commerce, ouvriers saisonniers)? Ces hôtels hébergent essentiellement des employés. Le prix des chambres varie de 7 à 30 francs selon les hôtels et la capacité (un ou deux lits). Ces tarifs sont peu élevés.

A la même époque, l'hôtel du Louvre d'Avignon propose la chambre de 15 à 60 francs (hôtel deux étoiles). Un ouvrier gagne approximativement 40 francs par jour.
L'hôtel Central pratique des prix plus élevés que les autres établissements, ainsi que le tableau comparatif inclus au présent article l'indique. Il accueille essentiellement des voyageurs de commerce. Le prix des repas, vin compris, s'échelonne de 9 à 15 francs. Un casse-croûte revient moins cher : entre 2 et 8 francs.
Peu de touristes s'arrêtent dans les hôtels de notre cité, ils préfèrent ceux d'Avignon qui se trouvent à quelques kilomètres. Seuls quelques égarés ou surpris par la nuit restent le temps d'un repos.
Sorgues ne prétend pas être ville touristique entre 1800 et 1939. Ses activités sont tournées essentiellement vers l'industrie qui s'oppose aux beaux clichés des vacances ou des monuments historiques. Seule l'éclosion du tourisme industriel pourrait à l'heure actuelle trouver des atouts attirant les curieux.


Stéphanie Soulier

Extrait de la 13ème édition des Etudes Sorguaises "Sorgues dans sa diversité" 2001


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1 Une résidence de plaisance aux allures défensives comme l'époque et ses propriétaires l'exigeaient. Le château est de plus petite envergure que le Palais des Papes.

2 BERNARD Frédéric, Guides-Itinéraires de Lyon à la Méditerranée-Paris Hachette et Compagnie 1855 p.71

3 Archives départementales : Série 8M52 Tourisme

Sources

Archives départementales de Vaucluse, série 8 M 52 tourisme .

Guides touristiques : a. BERNARD Frédéric, Guides-Itinéraires de Lyon à la Méditerranée - Paris Hachette et compagnie 1855 page 306 b. JOANNE Adolphe, Itinéraire général de la France, Provence Corse Alpes Maritimes Paris Hachette 1877, 590p. c. JOANNE Paul, Guides Joanne Provence Paris Hachette 1911, 438p. d. MONMARCHE Marcel (Dir.), Guides Bleus Provence - Paris Hachette 1922, 497p.

Bibliographie DESVERGNES Louis, Histoire de Sorgues Pont de Sorgues, résidence des Papes - Avignon imprimerie Rullière 1978, 178p. MARIN Fernand, Café des Palmiers, Paris, Editions Sociales, 1993, 215p. ETUDES SORGUAISES, Travailler et se distraire à Sorgues dans la première moitié du XXème. Siècle. 1995, 73p.

 

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