GIRARD Lucien Florent


Héros de la Résistance - Mort pour la France

Girard Lucien Florent fut un héros comme il y en a eu beaucoup pendant la Seconde Guerre mondiale. Communiste la police française l’a martyrisé, et les nazis l’ont torturé, il mourra à Ohrdruf.



Tout d’abord, je dois chaleureusement remercier madame Monique Jamet de m’avoir fait confiance et remis le dossier de son cousin. Elle m’a permis de découvrir rapidement ce qu’elle-même ignorait.

Girard Lucien naquit le dix-neuf mars mille neuf cent douze à Sablet (Vaucluse) quartier le Fournas, son père était garde-champêtre, sa mère couturière. Il était de petite taille, 1 mètre 63. En 1933, le médecin-major diagnostiqua une bronchite « sommet gauche ». Le 15 avril 1934, malgré sa fragilité de santé il fut incorporé à Grenoble dans un régiment du génie, et rendu à la vie civile le 15 avril 1935. En 1938, il exerçait la profession de peintre, dessinateur, graveur (1) .

D’après les dires de sa famille c’était un être très intelligent, musicien, polyglotte (2), il était espérantiste. Il animait la cellule communiste de Sablet.

Le conseil municipal l’obligea de quitter la commune (3).

Il rejoignit Célestin Freinet, lui-même, espérantiste, langue qu’il enseignait aux élèves de son établissement. Enseignant et élèves entretenaient une correspondance soutenue avec des scolaires d’états européens.

Ce fut ainsi qu’il devint secrétaire de Célestin Freinet à l’école syndicaliste de Pioulier à Vence. Cette institution accueillait une majorité de fils d’ouvriers parisiens, de cas sociaux venus de l’Assistance sociale, d’enfants d’instituteurs arrivés pour des raisons de santé, etc. À compter du 28 juin 1939, il vint demeurer à l’école. L’hébergement fut vite interrompu, comme beaucoup de communistes, après le pacte de non-agression mutuelle Germano-Soviétique signé le 23 août 1939, Freinet fut arbitrairement arrêté et interné.

À la suite de quoi, Lucien retourna à Sablet. Le 28 mai 1943, il était requis, avec une centaine de milliers de Français, pour être asservi en Allemagne, au service du travail obligatoire (STO).

Il rejoignit aussitôt le maquis de Buis-les-Baronnies, Nyons et Sainte-Jalle où il était connu sous le nom de guerre de Poète. Du 17 mars 1944 au 15 mai, on le retrouvait prisonnier à la maison d’arrêt de Valence. Il avait été arrêté par l’inspecteur Lebetti avec le motif suivant : « menées terroristes, communiste, détention d’armes dans un but terroriste ». Un codétenu se souvenait des interrogatoires (4).  

Ils dégénéraient en actes de barbarie « … lorsqu’on le reconduisait dans sa cellule, à la suite des mauvais traitements, Girard était presque incapable de marcher ».  (5) De là, il adressait très souvent de ses nouvelles à ses parents. Le 15 mai 1944, ceux-ci reçurent de Valence un message leur précisant que leur fils se trouvait à la maison d’arrêt de Lyon. Le 29 juin, il partit de la prison Saint-Paul pour Dachau (Allemagne) du 1er.

Juillet au 14 juillet, et du 20 juillet au 6 février 1945 à Ohrdruf, camp annexe de Buchenwald.

L’horreur

C’était un camp de concentration et d’extermination. Les prisonniers étaient employés à creuser des tunnels et des abris bétonnés, en majorité des Russes, des Polonais, des Juifs Hongrois, des Français, des Italiens, des Belges, des Grecs, des Yougoslaves, et des Allemands, tous communistes. (6)

En mars 1945, il comptait 11 700 personnes. Le Dr Kurt Diebner  dirigeait la section de physique atomique du département de recherche du HWA situé près du camp. Certains témoignages laissaient à penser que des prisonniers servirent de cobaye. Les SS. renforcés en janvier 1945 par des troupes de sentinelles d’Auschwitz firent avancer avec une cruauté brutale les travaux dans les galeries.

Plus de 3000 personnes moururent au camp d’épuisement ou furent assassinées, dont Gérard Lucien qui décéda le 1er mars 1945 d’une soi-disant faiblesse cardiaque.

Le 2 avril 1945 deux jours avant la Libération, une marche de la mort entraîna la disparition de centaines de prisonniers. Ohrdruf, camp extérieur de Buchenwald, fut, le 4 avril, le premier libéré par les alliés.

Les découvertes que firent les soldats de la troisième armée américaine leur occasionnèrent un grand choc émotionnel, c’était des corps humains morts de faim, abattus et brûlés entassés dans la construction en bois ci-dessous.

 Le 8 juin 1946, le capitaine dans l’armée régulière Scarcicchio Jean délivra « à ses vieux parents » un témoignage élogieux sur l’activité de leur fils « … A servi avec honneur et fidélité, toujours volontaire à accomplir les missions les plus périlleuses, les jours qui suivirent son arrestation a subi toutes les tortures sans jamais dénoncer ses camarades de combats… » (7)
 
Raymond Chabert

 1 Note sur le dossier militaire.
 2 Notes fournies par madame JAMET Monique
 3 Lettre de monsieur Girard Laurent, son père, du 10 novembre
 4 1944 dans dossier Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre 21 P 615 495.
 5  Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre 21 P 615 495
   Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre 21 P 615 495
  6 https:/www.buchenwald.de/fr/563/
  7 Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre 21 P195054  
Nota:
-Photo du camp dans lequel l'armée Américaine a trouvé de cadavres calcinés, mutilés et empilés les uns sur les autres
-Photo de la lettre du père de Girard Lucien Florant se trouve ci-dessous