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Henri Leenhardt (1822-1904), manufacturier (1) chrétien social

La majeure partie de l'article s'appuie sur un manuscrit intitulé "En amont de Fontfrège" : Essai d'un retour aux sources des familles Leonhardt et alliées de Fontroide-le-Haut et descendance d'Henri Leenhardt (1822-1904). Ce document nous a été prété par monsieur Renaud Gartner, descendant direct, que nous remettions chaleureusement.

Nous allons tenter d'imaginer ce que fut la vie et l'oeuvre d'un Sorguais, notable et philanthrope, au dix-neuvième siècle.

— LES ORIGINES —

Henri Victor Leenhardt naquit à Montpellier le 28 août 1822. C'était un descendant direct de Mathias Leonhardt, le plus lointain ascendant identifié, qui était venu au monde en 1660 à Poioelitz, de nos jours Bielskobiala, Pologne. C'était une petite ville située à environ 75 km au sud-ouest de Cracovie, Ainsi placée au nord-est des Sudètes, aux confins de la Moravie et de la Pologne. C'était un marché important de vins hongrois, de sel de Galicie et un centre industriel de draps et de toiles. Ce fut, peut être, cette localisation qui permit à ses descendants d'exercer les métiers liés au négoce.

— ENFANCE ET JEUNESSE —

À l'âge de dix ans, il fut envoyé étudier au château de Lenzbourg, en Argovie (Suisse), chez Johann Karl Christian Lippe (2). Sa population scolaire comportait une majorité de jeunes protestants français venant d'Alsace et du sud de la France, dont les parents ne faisaient pas confiance aux écoles catholiques françaises. À l'institution, il se lia avec de nombreux camarades et resta en contact avec certains, notamment Jules lmer.

À son retour â Montpellier, il renonça â la préparation à l'école centrale Il était devenu un homme d'un mètre soixante-huit. Il chantait fort bien, il était très musicien, ses dons artistiques lui permirent de suivre les cours de l'école des beaux-arts de Montpellier.

—LES DÉBUTS DANS LA VIE ACTIVE —

En compagnie de son frère Charles, il entra à la filature de son père, au moulin de Sauret. Dans le Vaucluse, à partir de 1848, le secteur textile sombra dans une rapide agonie; en effet, en 1856, son industrie qui comptait 7 000 métiers n'était plus représentée que par neuf fabriques employant 300 ouvriers. À la suite de cette évolution, Henri Leenhardt se lança au coeur d'une autre voie. (3) Il s'orienta vers le commerce et s'engagea à Marseille dans la maison Imer et Castelnau, avec son oncle Jules Castelnau. Il en devint l'associé en 1847. Il y retrouva son camarade de Lenzbourg.

— ALLIANCE MATRIMONIALE—

En 1843, il se fiança avec Joséphine Imer, soeur de son condisciple, née à Neuchâtel (Suisse) le 8 janvier 1823. C'était une jeune fille très distinguée, qui s'intéressait à la géographie. Elle faisait preuve d'une grande piété et d'une très exceptionnelle générosité. Il se racontait dans la famille qu'un jour Jules Imer, comptant la quête du temple de la rue de Grignan à Marseille, trouva deux dormeuses (boucles d'oreilles avec diamant), il reconnut les bijoux, en versa le prix et les rendit à sa propriétaire.

Le mariage eut lieu le 20 novembre 1845, il fut précédé d'un contrat reçu le 16. Les futurs époux adoptèrent le régime dotal (4), la future épouse se vit attribuer en dot la somme de deux cent vingt-six mille francs, le futur mari un très important volume de rentes sur l'État. Le jeune ménage s'installa à Marseille chez Jules Imer. Rapidement, le foyer s'élargit par la naissance de Franz en 1846 et de Thérèse en 1849.

Comme souvent, dans les alliances bourgeoises du XIXème siècle, les relations d'affaires venaient s'imbriquer dans l'accord matrimonial. En 1856, Jules Imer transforma sa société qui devint « Imer frères Leenhardt ». Henri y était associé à ses deux beaux-frères, le négoce se trouvait consolidé. Il le fut encore plus, car le jeune frère d'Henri se maria avec Gabrielle Imer et il devint le beau-fils de Jules Imer après avoir été son beau-frère par alliance.

Le développement de la société familiale l'amena à quitter Marseille, dont sa femme supportait mal le climat, et, en 1852, il se fixa à Sorgues. Il y retrouva avec plaisir, dans les usines Imer frères et Leenhardt, l'activité industrielle à laquelle son père l'avait initié.

Avignon était alors le centre de la région où l'on cultivait la garance ou garance des teinturiers. À partir de ses racines, on obtenait une belle teinture rouge. C'était la principale richesse du département. La production dans les années ordinaires ne s'en éleva pas au-dessous de 25 millions de francs. (5)

— ACTIVITÉS INDUSTRIELLES —

SORGUES

À Sorgues, Henri donna une nouvelle impulsion aux affaires familiales. En effet, il développa les installations industrielles d'I. fr & L. (Imer frères & Leenhardt) : les usines du Griffon et du Portail pour le traitement de la garance et une fabrique de produits chimiques. Il étudiait un modèle de composition de pâte d'alfa qu'il ne put mener à terme, la maladie d'un de ses petits-enfants l'en empêcha.

La production de garance était menacée par le progrès technique. L'alizarine, substance colorante de la plante, fut identifiée en 1826. Sa production par un procédé de fabrication fut brevetée en 1869 anéantissant les fabriques de teinture au moyen de la plante tinctoriale.

L'entreprise du Griffon se trouvait dans cette situation. La production de la garance abandonnée, Leenhardt, le 12 août 1877, requit l'autorisation de transférer à Sorgues l'usine de la Capelette, banlieue de Marseille. C'était une fabrique de carbonate de soude par la transformation du sel marin à l'aide d'ammoniaque et de l'acide carbonique. Cette demande fut acceptée, par le préfet : « la nomenclature de cet établissement insalubre et incommode ne désignait pas l'industrie dont il est question, il ne lui paraissait pas qu'une autorisation fût nécessaire... ».(6) Cette usine, que l'on nommait « le Griffon », fût vendue, le 31 mars 1886, par Jules Imer, Charles Gustave Imer, et Victor Henri Leenhardt en compagnie de son épouse Sophie Imer, aux termes d'un acte reçu par maître Taxil-Fortoul, notaire à Marseille. La formalité aux hypothèques d'Avignon eut lieu le 24 avril 1886, volume 749, numéro 28. Cette fabrique servait autrefois à la trituration de la garance. Depuis quelque temps, elle avait été louée à la Compagnie générale des produits chimiques du Midi qui en devint l'acquéreur en vertu de l'écrit ci-dessus relaté.

Le 2 avril 1910, les petits-enfants d'Henri Leenhardt vendirent l'usine du Portail en chômage depuis de longues années. C'était un ensemble immobilier, d'une superficie de 85 ares, situé sur la place de la République, comprenant une ancienne fabrique de garance, un moulin à farine, des magasins divers et des logements. Il était entouré au nord par la place de la République, à l'ouest par l'atelier Remondon, la route nationale 7, rue Auguste Bédoin et au sud un chemin communal.

BEDARRIDES

À Bédarrides, le 24 juillet 1875, Henri Leenhard s'était porté adjudicataire, dans la faillite Faure, d'une fabrique de garance « ...en chômage depuis trois ans... » (7). Le nouveau propriétaire transforma le traitement de l'alizari en distillerie pour extraire l'huile de graines pour les essences. (8) C'était une opinion donnée le 4 avril 1904. En réalité le 11 avril 1879, Henri Leenhardt expliquait au préfet de Vaucluse qu'il avait installé deux petites usines à titre d'essai, l'une pour l'extraction des huiles végétales contenues dans les olives et grignons d'olive ou autres corps gras, l'autre pour la production de l'huile de schiste par calcination de la pierre.(9)

Elles étaient placées dans une usine déjà autorisée pour la garance, substance traitée par l'eau et l'acide sulfurique.

Cette demande souleva un tollé quasi général. En effet, l'usine de la « Vierge » était presque dans le pays. Elle touchait des habitations. Elle était voisine de la gare et, fait plus grave, elle n'était séparée de l'école publique que par un chemin de trois à quatre mètres de largeur (10). Pour le maire : « ... Outre le danger d'explosion et d'incendie résultant de l'emploi de pétrole dont M. Leenhardt disait se servir en remplacement du sulfure de carbone, nous avons constaté, suivant les premiers essais qui ont été faits dans l'usine, la production d'abondantes vapeurs sulfhydriques dont l'odeur insupportable a soulevé les justes réclamations des habitants... ». C'était une opinion partagée par le village et notamment le docteur Daillan : « ... nous avons constaté... [quel les émanations fétides déjà très incommodes... seraient à coup sûr dangereuses pour la santé publique... ». M. Collet, l'instituteur, ajoutait : « les fenêtres du nord de son établissement, ouvertes l'été pour rafraîchir les salles, faisaient face à l'usine ». La pétition recueillit 105 signatures. Le maire rejeta la demande Leenhardt : « ... l'usine de la Vierge comprise dans l'agglomération, elle est contiguë à des habitations... Cette usine est un foyer d'incendie et d'explosion en même temps qu'un foyer d'infection... ». Effectivement, ce qui était redouté se produisit : le 8 janvier, le feu se déclara à 8 heures 40 du soir et fut éteint, avec l'aide des Bédarridais (11), à 2 heures du matin. Une partie du bâtiment d'une superficie d'environ cent mètres carrés fut complètement détruite.

Une intéressante lettre [le texte qui suit en a conservé l'orthographe] d'un nommé César Michel adressée au préfet le 11 janvier 1880 éclairait bien le contexte : « // y a un an M Leenhardt... établit une usine... à fabriquer des matières inflammables contraires à la santé publique et très dangereuse. Une enquête a été ouverte, une pétition revêtue de deux cents signatures vous a été adressée... Ce qui n'a pas empêché Leenhardt à continuer de fabriquer des matières dangereuses et à tel point que dans le courant de l'année le feu c'est déclaré dans son usine au moins quatre fois. Mais jeudi soir un incendie s'est développé avec une telle violence que moins de cinq minutes l'usine ne formait plus qu'une montagne de flammes et que la ville entière semblait éclairée par la lumière électrique... au moment du feu les flammes passaient sur ma maison, voyant ce désastre le public est rentré a jeté tous mes meubles tout mes linges par les fenêtres afin de me garantir du danger qui me menaçait. Dans un coin de l'usine à six mètres de ma maison il y avait deux appareils contenant chacun à ce qu'on disait deux mille litres d'essences si par malheur ces deux appareils avaient fait explosion ma maison et moi et toute ma famille aurions soté, heureusement qu'avec de la peine on est arrivé à garantir des flammes ces deux appareils... ».

La vive protestation des Bédarridais inquiétait Henri Leenhardt au point que le 8 février, il écrivait au docteur Pamard, secrétaire du conseil d'hygiène d'Avignon : «... on cherche à exploiter l'accident que j'ai subi par un incendie partiel et localisé... ». Il imputait cette cabale « ... à quelques adversaires de Bédarrides... ». Il continuait : « ... surtout l'incendie est resté circonscrit et n'a emprunté au genre d'industrie aucun caractère exceptionnel... ». Les arguments avancés par un certain nombre d'habitants « ... étaient très exagérés et l'usine a repris une marche partielle en peu de jours... ». Il terminait sa lettre par cette phrase : « Où en serions-nous, comme industriels si nous ne pouvions sentir notre cause en des mains aussi fermes et aussi éclairées que les vôtres ! ». Peu de temps après, le 26 février, le comité d'hygiène donna son accord, il fut suivi, le 13 avril, par un arrêté préfectoral qui entérina la décision de la commission. La société Imer Frères & Leenhard put distiller en toute légalité de l'huile de schiste.

— LES DÉBUTS DE L'INDUSTRIE DU PÉTROLE —

Son activité professionnelle s'étendait plus loin que Sorgues et Bédarrides. En effet, au Grau du Roi, il avait fait construire sur le sable, par des ouvriers sorguais, un immeuble d'une architecture remarquable. En même temps, il constituait dans un terrain en friche, aux environs de Montpellier, un vignoble de 125 hectares, avec cave et dépendances, le tout érigé également par des salariés sorguais,

L'entreprise I. fr & L, à Marseille et dans sa région, allait jouer un rôle précurseur dans l'industrie du pétrole. L'aventure commença en 1863 lorsqu'une nouvelle entreprise fut créée ; la Compagnie Générale des Pétroles. Au fil des ans, celle-ci devint le principal pôle d'activité de la famille Imer-Leenhardt. La raison de cette mutation résulta de l'environnement économique dans lequel l'entreprise familiale évoluait. Également, comme nous l'avons indiqué plus haut, l'industrie textile était en perdition. Le choix de cette nouvelle stratégie industrielle reposait sur les épaules d'Henri Leenhardt, passionné de mécanique, et de son frère André qui le secondait dans l'entreprise. Ce dernier avait été reçu élève à l'École Centrale, il dut renoncer pour des raisons de santé. Grâce à cette culture technologique, la famille a pu transférer, à Marseille, son activité économique vers le pétrole bien avant d'autres entrepreneurs. (12)

 

— ACTIVITÉS SOCIALES —

Ses activités sociales visaient à aider Sorgues dans différents domaines, que l'on juge : — En 1871, il offrit à la commune une ambulance pour secourir les blessés de guerre. (13)

— Il créa, place Saint-Pierre, un fourneau économique.

—Il fut un des membres fondateurs de la Société de Secours Mutuel de Sorgues, créée en 1859 (14). Depuis le 4 juillet 1859 jusqu'au jour de son décès, il fit partie du conseil d'administration. On le trouva, vice-président, ensuite trésorier, puis président. Le 12 juillet 1884, il reçut du ministère de l'Intérieur, pour services rendus, un diplôme accompagné d'une médaille d'argent.

— Il fonda un orphéon dit de « la Serre ». À ce propos, dans une allocution publique, non datée, Henri Leenhardt remercia les membres de l'orphéon et notamment monsieur Gavaudan, alors percepteur à Sorgues. Il ajoutait pompeusement : « notre joie de vous voir à l'oeuvre vous tous orphéonistes et de nous convier à ses fêtes de l'art... qui nous élèvent du milieu de nos occupations matérielles... ». (15)

— Il organisa une école maternelle pour laquelle il fournit, pendant plus de 30 ans, le local, le mobilier, le personnel enseignant à raison de 2 500 francs par an. Également, il orchestra une école de dessin, avec des cours pour adultes, et un souhait que le professeur initie ses élèves au dessin industriel. Le 12 septembre 1882, à l'occasion de la remise des prix de cet établissement, il ajoutait dans un discours (16) : « le dessin ne peut plus rester le privilège des jeunes gens ; il en faut par égale part pour les jeunes filles... ». Plus loin, il louangeait « monsieur Randoulet [pour], les soins qu'il avait apportés à la direction de cette école naissante ». Cette école fut fermée en 1914.(17) Il avait fait inscrire, ce précepte de charité « Un pour tous ! Tous pour un ! » sur la bannière de la « Société Littéraire de Sorgues ». — Il était également à la société des « Amis des Arts d'Avignon ». À ce titre, il participa à des expositions de peintures, sculptures qui se déroulèrent à Avignon au cours des années 1876-1877. — Lors des inondations de 1886, il s'entremit avec la municipalité, « les Dames de Charité », et un parent parisien pour venir en aide aux Sorguais qui avaient beaucoup souffert et fort peu reçu d'aides publiques. Voici ce que ce parent écrivait : « J'ai là un cousin... qui possède un fort beau château, il est très charitable ; il a pu... me mettre en rapport avec le Maire et les Dames françaises de charité du pays... Nous avions 20 centimètres de neige, un froid atroce, rien n'était plus touchant que de voir cette réunion : les discours, les remerciements, les larmes de ces pauvres gens, tout cela m'avait donné une véritable émotion. 

— ACTIVITÉS PAROISSIALES —

Le 8 janvier 1847, le consistoire de l'Église réformée de Marseille l'élut diacre pour servir au conseil presbytéral.

La paroisse réformée d'Avignon comptait en 1885 deux places de pasteur, dont la première fut créée par une ordonnance du 12 novembre 1833, le début de la seconde datait du décret du 12 novembre 1878. Le ministre de l'Instruction publique René Noblet, dans une lettre circulaire du 5 novembre 1885, précisait le rôle du ministre : « ... il est créé une deuxième place de Pasteur du culte réformé à Avignon Église Consistoriale de Lourmarin, département de Vaucluse..."(18) Cette situation provoqua, au grand jour un conflit, qui sourdait, depuis la fin de l'année 1884 (19), entre les pasteurs Autrand et Rey. n résultait de l'interprétation différente de la lettre du ministre provoquant un désordre dans la communauté protestante, dommageable pour l'Église Réformée. Afin de connaître l'opinion des coreligionnaires, il fut décidé de donner la parole à chaque paroisse au moyen d'un vote. Le scrutin eut lieu, par sections, le 10 février 1884.. Les circonscriptions paroissiales de Cavaillon, Carpentras, Lourmarin, votèrent pour la suppression du poste du pasteur Rey et l'élection d'un nouveau conseil presbytéral. Sorgues, le scrutin se déroula sous la présidence de Leenhardt, protestant très concerné par le sort des disséminés dont il faisait partie, il y eut 4 votants, 3 abstentions.

Le conseil communal se prononça contre la suppression du poste (20) ; il décida également le maintien au conseil presbytéral de Gabriel et Ernest Verdet. Le 8 février 1893, le pasteur Autrand de l'Église réformée d'Avignon lui adressa ses chaleureux remerciements pour le don de la somme de cinq cents francs. (21)

— MANDATS DE MAIRE ET DE CONSEILLER GÉNÉRAL—

Le dictionnaire d'Aimé Autrand, de 1936, signalait simplement qu'Henri Leenhardt fut élu conseiller général du canton de Bédarrides le 20 novembre 1881, au premier tour de scrutin, sans aucune autre explication (22). Ce qui laissait présumer que son concours à l'assemblée départementale manquait de dynamisme. Pourtant, le Conseil général, dans la commission des voeux d'avril 1882, adopta la demande suivante, présentée par Henri Leenhardt, ici littéralement transcrite : « Le Conseil général, considérant que la construction du chemin de fer de Sorgues à Saint-Saturnin classé dès 1878 par la commission extraparlementaire et accepté par l'État ainsi que par la Compagnie des chemins de fer Paris à Lyon et à la Méditerranée importe à la prospérité générale :

Qu'elle importe aussi à la prospérité des communes de Saint-Saturnin, Vedènes (23) et Sorgues qui représentent un trafic de 150.000 tonnes et une accumulation de 2.000 chevaux de force hydraulique immédiatement utilisables;

Elections presbytérales - procès verbal 10 février 1884 -

Délibère de prier M. le Ministre des Travaux de vouloir bien faire étudier et construire dans le plus bref délai possible le chemin de fer classé d'intérêt général de Sorgues à Saint-Saturnin. »

Au cours de cette même réunion, une seconde proposition fut examinée : la délivrance de billets d'aller et retour entre les gares du département, Courthézon, Bédarrides, Sorgues, etc.

Henri Leenhardt, après avoir été conseiller municipal, devint maire en février 1881. Par lettre du 5 décembre 1882, il priait le préfet de Vaucluse d'accepter sa démission. Il motivait sa décision par l'obligation professionnelle qui l'engageait à de fréquentes absences «... par un séjour presque permanent à Marseille où se trouve le centre de ses intérêts... »

Il ajoutait « .. je laisse la situation des choses pour la commune dans un état relativement favorable, la ferme de l'octroi avec une augmentation assez sensible, les dettes de la commune amoindries et la perspective de travaux possibles et utiles autant pour les écoles que pour d'autres améliorations. ». En août 1886, il fut réélu maire, il démissionna le même jour.. En reconnaissance de son activité généreuse, un conseil municipal donna son nom à un boulevard dans lequel il avait planté des platanes, une autre municipalité le supprima. En 1965, on recourait encore à l'expression « chez Leenhardt » pour désigner l'emplacement de l'usine des Griffons devenu terrain vague oh les enfants allaient jouer. (25)

— ACTIVITÉS VINICOLES—

Au cours de l'année 1866, un mal frappait le vignoble français, le « phylloxera ». (26)

Dans l'ignorance de son processus, les scientifiques proposaient différentes solutions. (27)

Henri Leenhardt employait de l'acide carbonique mélangé à l'eau, introduit dans le sol par de petits trous pratiqués avec une cheville de fer. (28)

En 1876, il présenta un nouveau moyen pour prolonger l'existence des pieds de vigne, l'utilisation assidue de l'acide phénique à 1/2 pour cent en arrosant chaque cep. (29)

Les résultats des deux propositions furent négatifs, il fallut la découverte de l'usage du plant américain pour permettre la disparition du fléau.

— LE DÉCÈS —

Au cours de l'année 1899, la mort de son beau-frère et associé, Jules Imer, vint brutalement trancher le vieux problème : Sorgues ou Marseille. Ce fut Marseille.

Pour Henri Leenhardt, le départ du château de La Serre fut douloureux, c'était quarante-sept ans de souvenirs heureux. Il s'installa au numéro 36 de la rue Estelle, ce qui amena un changement d'habitude. La vieille maison n'avait pas été modernisée et elle offrait moins de confort que le château de la Serre. Les bureaux d'Imer Frères et Leenhardt l'avaient envahie, la Compagnie Générale des Pétroles s'était agrandie aux dépens du jardin.

À Marseille, il était isolé, le cercle de famille se desserrait. Aussi, peut-être avait-il la mélancolie de « La Serre » 7 Le dimanche 21 mars 1904, en train, il se rendit à Sorgues. Pour être au bureau le lendemain matin il rentra par un train de nuit non chauffé. Il s'alita et mourut le 7 avril suivant.

Ce décès jeta Sorgues dans une extrême consternation. Auguste Bédoin, maire, rendit hommage à ses qualités de coeur, il soulignait : « On peut dire que depuis1852 jusqu'à nos jours, il a coopéré à toutes les œuvres utiles dont nous sommes dotés... » « Sous l'Empire, c'était un libéral, il est resté un ferme et sincère Républicain... » « ... Nous saluons ce vieux et vaillant Républicain... nous le saluons avec un serrement au coeur... ». Ricard, directeur de l'usine du Griffon, souligna qu'Henri Leenhardt était un homme de bien, érudit et charitable. Le président de la Société de Prévoyance et de Secours Mutuel rappela le désir du défunt de faire aimer les hommes les uns des autres.

L'hommage le plus inattendu fut celui de Louis Bézet, entreprise de charpentes en fer, que l'on juge : « ... Vous avez entendu des voix et des paroles plus éloquentes que les miennes, vous dire ce qu'avait fait monsieur Henry Leenhardt pour son pays adoptif de Sorgues, mais ce que vous n'avez pas entendu et ce que vous n'avez pas vu ; c'est cet amour sincère et véritable qu'il avait pour l'ouvrier... ». Il continua : « ... Adieu, monsieur Henry Leenhardt au nom des pauvres et des humbles que vous avez soulagés et secourus... Adieu encore une fois au nom de tous les ouvriers de Sorgues... ».

Hommage de Louis Bézet à Henri Leenhardt

Henri Leenhardt fut enterré à Sorgues, sa tombe a disparu depuis peu.

Henri Leenhardt, avec d'autres notables, était actionnaire de la Mutuelle de Vaucluse au capital de 2.000.000 de francs.

On trouvait parmi les membres, notamment : Frédéric Granier, château de Fontgaillarde, propriétaire foncier d'une superficie de 38 hectares, Léon Franquebalme propriétaire foncier d'un hectare, possesseur également d'une superbe maison bourgeoise rue Joseph Vernet à Avignon. Ils étaient tous catholiques bigots. Même s'il était facile à ces gens fortunés d'exercer la solidarité sociale, seul philanthrope, Leenhardt donna l'exemple, par son charisme exceptionnel qui soutenait ses idéaux évangéliques et civiques. C'est ainsi qu'il s'acquit l'estime générale des Sorguais. Bien entendu, ce n'était pas Pierre Valdès (30), l'incendie de l'usine de Bédarrides en apporte la preuve.

Raymond Chabert

Extrait de la 30ème édition des Etudes Sorguaises "La trentième !" 2019

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(1) D'après le dictionnaire historique de l'orthographe française « Larousse », page 654, ce mot désuet avait été employé dès le XVIème, siècle et il est sorti de l'usage parlé et écrit en 1935.

(2) L'Institut fut ouvert le 11 février 1823. Dans les années 1830, il compta jusqu'à 50 élèves et 12 enseignants. 

(3) Capitalisme familial et croissance économique à Marseille au XIX' siècle. Https://journals.openedition.org/méditerranee/415.

(4) Le régime dotal, disparu en 1966, était un régime matrimonial, les biens de l'épouse se répartissaient entre biens dotaux, dont le mari avait l'administration et la jouissance, et biens extra dotaux ou paraphernaux, dont l'épouse gardait l'administration et la jouissance.

(5) Les populations ouvrières et les industries en France... région du Sud-est... par Audiganne, édition de 1860, page 237, provenance BN F. f r.

(6) Archives départementales de Vaucluse, 5 M 128, lettre du préfet du 7 septembre 1877.

(7) Sauvegarde et promotion du patrimoine Industriel en Vaucluse, cahier n'65/2018 l'usine de la Vierge, par J.P. Locci, page 30

(8) Archives familiales Leenhardt. Allocution de Ricard, directeur de l'usine du Griffon, le 4 avril 1904, conservée par monsieur Renaud Gartner, descendant d'Henri Leenhardt.

(9) Archives départementales 5 min 12 s.

(10) Archives départementales 5 M 128, lettre du docteur Dalllan du 5 Juin 1879.

(11) Archives départementales 5 M 128, procès verbal du commissaire de police et rapport de Gendarmerie du 9 janvier 1880.

(12) Capitalisme familial et croissance économique à Marseille aux XIX. et XX° siècles : l'exemple de la famille !mer et de sa parenté (1808-1947, Olivier Lambert) - htlps.//journals.openedition.org/méditerranée/415.

(13) Voir Études Sorgualses numéro 28, page 29.

(14) Voir Études Sorguaises numéro 27, pages 23 à 32.

(15) Document familial détenu par monsieur Renaud Gannat descendant d'Henri Leenhardt.

(16) — Idem —

(17) Archives nationales.

(18) Archives départementales de Vaucluse 53 J 24, lettre circulaire du 5 novembre 185, émanant du ministre de l'Instruction publique.

(19) Bulletin d'histoire protestante de France, JuIlleamirt-septembre 1988, vclume144, pages 833 8 634.

(20) Archives départementales de Vaucluse, 53 J 24. .

(21) Document familial détenu par monsieur Renaud Garnier, descendant d'Henri Leonhardt.

(22) Aimé Autrand, dans son livre, le conseil général de Vaucluse de 1800 é 1938, page 815 Leenhardt élu conseiller général du canton de Bédarrides le 20 novembre 1881, au premier tour, page 365.

(23) Vedènes avec un • s » c'était l'orthographe utilisée dans le texte imprimé.

(24) Louis Desvergnes, Histoire de Sorgues. Pont-de-Sorgues. Résidence des Papes, notes complémentaires, page 25, Bergerac 1932.

(25) D'après un manuscrit biographique prêté par monsieur Renaud Gardner.

(26) Originaire de l'Est des États-Unis, le Phylioxera est un Insecte piqueur apparenté aux pucerons. Il fut signalé pour le première fois en France en 1863. Au XIXè siècle, le Phylloxera eut une Importance économique et sociale dramatique sur la viticulture française et européenne qui fut dévastée et qui dut intégralement se reconstruire. Le Phylloxera a aujourd'hui colonisé presque tous les vignobles du monde.

(27) voir les Études Sorguaises, numéro 8, page 5 et suivantes.

(28) Bulletin de la Société d'Horticulture de la Cote d'Or, année 1872, numéro 4, juillet-août. Source BNF-Gallica.

(29) Extrait du mémoire présenté â l'Académie des Sciences en 1876. Source BilF-Gallica.

(30) Vaudès, généralement connu sous le nom de Pierre Valdo ou Valdès, était un marchand de Lyon et prédicateur de l'évangile, né en 1140 et mort en 1217. À la suite d'une crise religieuse, il finança une des premières traductions de la Bible en langue vernaculaire (le franco-provençal). Il donna tous ses biens pour suivre l'idéal de pauvreté apostolique. Il fonda la fraternité des Pauvres de Lyon, le mouvement vaudois. Il fut excommunié en 1184 et son mouvement persécuté. Source : Wildpedia.