Marcel Rayne

Communiste résilient malgré sa faiblesse physique Marcel Rayne naquit à Sorgues le 20 avril 1902.

Au début du vingtième siècle, son père, Poloni Rayne, était coiffeur. Il exerçait rue de la République, à l’heure actuelle siège du « Médical Sorguais », sa mère demeurait au foyer.

Le frère était greffier du juge de Paix. Dans la commune, c’était une famille estimée et politiquement incolore.

En 1917, en pleine Première Guerre mondiale, il fut employé fonctionnaire au sein de la Poudrerie Nationale, les ouvriers ne possédaient pas cet avantage.

Bien plus tard, il partagea son bureau avec Salin qui l’éclaira rapidement sur le rôle de la classe ouvrière.

Il lui expliquait le fonctionnement de la société capitaliste, Marcel lui en fut reconnaissant toute sa vie, sans lui il aurait ignoré, pour un temps, l’existence de la CGTU et du parti communiste.

En 1934, il s’engagea dans la lutte syndicale et antifasciste. En 1935, après le congrès d’unification il participa avec Racamond (dirigeant de la CGTU puis de la CGT) et Jouhaux (dirigeant CGT) à la mise en place du syndicat CGT en Vaucluse.

Il resta en relation avec Pierre Radot, secrétaire national du syndicat, qui était aussi député et maire communiste de Saint-Germain-en-Laye.

En 1937, en compagnie de Pierre Radot, il élabora la première loi pour la sécurité des poudriers. Elle faisait suite au très grave accident survenu le 16 novembre 1936 à Saint-Chamas, qui fit 59 morts et 200 blessés.

À l’époque, il connaissait bien Édouard Daladier, aussi lors d’une rencontre il lui déclara que le traité de Munich ce n’était pas la paix. Cet accord honteux entre l’Allemagne nazie, la France, le Royaume-Uni et l’Italie fasciste sacrifia la Tchécoslovaquie. Winston Churchill très sévère déclara « Si la guerre est horrible, la servitude est pire « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».

Daladier ne supporta pas la franchise de Marcel, encore moins son action militante ; il le convoqua et il l’envoya travailler à Vonges (Côte-d’Or). Là-haut, de santé fragile il fut dépêché à l’hôpital d’Avignon où le médecin-chef l’annonça « bon pour la réforme ».

Cela se passait en mai 1940.

À sa sortie, communiste, il fut arrêté par la police et retenu toute une nuit par le commissaire. Puis les policiers lui mirent un marché entre les mains « si vous voulez être plus tranquille, vous nous renseignez sur vos camarades ».

Il refusa ce qui lui valut de nombreuses tracasseries et une peine de prison.

Pour échapper à l’emprise policière, il se réfugia en semi-clandestinité à Saint-Laurent-les-Bains (Ardèche), Clémence, son épouse y tint un restaurant.

Ce fut une période des plus noires de leur vie, ils étaient dénués de ressource et ils vivaient dans un immeuble sans électricité. Il fabriqua des piles avec du sel d’ammoniaque, du zinc qu’il volait, il put ainsi écouter radio Londres. L’ordre de Vichy ne l’avait pas oublié, des gendarmes vinrent l’arrêter pour l’embarquer dans un train. Où ? Il ne dut son salut à un médecin pétainiste qui le déclara malade incurable.

Sa femme prit un restaurant à la Grand-Combe. Il était fréquenté en majorité par des mineurs, une grève des gueules noires partit des lieux.

Ce fut par eux qu’il apprit l’appel du parti communiste du 10 juillet 1940. C’était un texte intitulé « Peuple de France » rédigé par Jacques Duclos, signé Thorez & Duclos et distribué à partir de la fin juillet. Le contenu était une exhortation à la Nation de faire front pour la liberté et l’indépendance de la France. Il glorifiait la Résistance et souhaitait que le plus de monde s’y rallie. L’épouse de Marcel participa également à la lutte contre le nazisme, elle faisait la liaison entre les groupes clandestins et elle portait des tracts.

À la Libération, il entreprit des démarches pour être réintégré à la poudrerie, ce fut ce qui se produisit rapidement. Ses collègues de travail le réélire à nouveau secrétaire du syndicat. À quelque temps de là, à Paris, il rencontra l’inspecteur général des Poudres Lecorche, qu’il avait connu à Sorgues comme ingénieur. Ce dernier en guise de salutation lui dit « Vous êtes redevenu l’épouvantail ! ». C’était un superbe hommage rendu à un militant qui était resté fidèle à ses idées politiques et syndicales malgré les vicissitudes éprouvées. Cet idéal il le conservera jusqu’au jour de son décès, le 1er avril 1994.

 

Légende : Ce cliché date de mai 1971. Au côté droit, au début, Marcel Rayne, suivi de Roger Ricca et de Théo Pézelier, à gauche en troisième position Jean Candel et en suivant le front de Marcel Nouzier.