D.C. CASSAN


Poète Provençal Avignonnais

Denis Casimir Cassan naquit à Avignon le 22 février 1810, du mariage de François Cassan et de Catherine Sichard. Rue des Infirmières, son père exerçait la modeste profession de savetier. C’était une famille très chrétienne qui avait la réputation d’être peu active au travail. Après la Révolution, elle avait vu avec joie rouvrir les églises et les temples destinés aux cultes. C’était dans cette atmosphère que grandit le jeune Cadet, c’était ainsi qu’il était appelé comme second de la lignée.


 
À l’âge de six ans il fut envoyé dans un atelier de teinture pour alimenter sa parenté de quelques dardèno (liards). Son naturel indolent interrompit précipitamment l’expérience. Peu après, ses père et mère songèrent à son instruction, idée qui n’était guère pratiquée en 1820.

Cadet, il fit comme tous les enfants de son âge, il enfourna dans son cartable en planches quelques livres et il alla à l’école. Il y resta deux ans, le temps de savoir écrire. Pour l’éducation scolaire, c’était les taloches, des lanières trempées dans l’eau pour mieux meurtrir l’épiderme, le temps où les moutards balayaient la classe à coups de langue, etc...

Un jour, un frère voulut lui faire rentrer la leçon avec une férule sur le bout des doigts. Il n’entendit jamais la raillerie à ce sujet, il tourna définitivement les talons et se délivra de l’institution.

En 1835, il entra à l’imprimerie Bonnet, il y travailla pendant trente ans.

Enfant d’Avignon, il possédait avec un suprême degré les mœurs et le langage avignonnais. Il ne voulut rien changer à l’orthographe ni au dictionnaire de ce dialecte. Seul, il ne se soumit pas au mot d’ordre de la nouvelle école provençale et refusa de s’engager derrière les pas de Roumanille et Mistral.

Jusqu’en 1848, le nom du poète ni ses vers ne parurent dans un imprimé. Il était à la paroisse des Carmes, chef de motets dans la Congrégation des Hommes. En même temps, son frère fut nommé recteur. Il déclamait volontiers dans des réunions familiales ou autres un choix de ses contes, par exemple : Lei Cacalaouso (escargot) e lei lardoun (lard), lou Perrouqué (perroquet), Jan l’Escoubiaire (balayeur de rues), lou Charlatan, etc.

Il apparaissait dans un accoutrement un peu déguenillé qui plaisait fort à ses compatriotes.

En janvier 1852, un livre d’un genre nouveau apparut à Avignon. C’était un recueil de poésies constitué à l’initiative de Roumanille, il s’appelait « Li Prouvençalo ». Cassan partageait l’enthousiasme des félibres ; il apporta le titre Le Goudron.

En janvier 1855, le premier « Armana Prouvençau » parut, chacun des poètes connus y participa. Aubanel voulait « une orthographe unique ». Il était chargé par Mistral de revoir toutes les épreuves. Cassan ne supporta pas que l’on corrigeât son orthographe. « M’avès degrada mon fricò…… Oussi vous mandarai plus ren… » Vous avez dégradé mon texte. Aussi je ne vous enverrai plus rien.

Dans l’Armana de 1874, qui recensait les félibres, Cassan ne figurait plus parce qu’il n’avait jamais voulu se rallier à l’orthographe félibréenne. Il ne faisait pas une opposition systématique au félibrige.

Il disait sincèrement qu’il ne comprenait rien au nouveau système et qu’il ne connaissait d’autre provençal que celui d’Avignon.

Les félibres le désavouèrent et leur rancune ne désarma pas même devant la tombe, puisque se trouvant présents à ses obsèques, aucune parole d’éloge n’arriva sur leurs lèvres.

Vers la fin de 1862, un soir en compagnie de poètes provençaux, place de l’Horloge, tout d’un coup Mistral se tourne et l’interpelle. Et vous Cassan, lui dit-il, comment allez-vous baptiser votre recueil ? Je n’en sais rien, répond celui-ci, je verrai. Et la conversation de rouler sur les différents titres qui pourraient convenir aux Bluettes de Cassan.

Et Mistral reprend : voulez-vous que je vous en donne un ? Bien « volontiers. Et bien ! Appelez-le Lei Parpelo d’agasso ! — Paupières de pie ! Qu’y ‘a-t-il de plus léger, de plus futile, de plus vain que des paupières de pie ? Et les quatre compères de rire aux éclats. Cassan accepta des deux mains.

En janvier 1863 parut ‘Lis Obro complèto de D.C. Cassan’ l’accueil des avignonnais fut des plus flatteurs, les frais d’impression furent vite couverts.
 
Les dix dernières années de sa vie se passèrent au musée Calvet. Lorsqu’il tint dans ses mains le bénéfice des Parpelo d’agasso, qui s’élevait à quatre cents francs, il disait sincèrement qu’il se croyait malheureux de posséder une si grande somme.

En 1880, sa langue se paralysa. Il était dans sa soixante-dixième année, mais on le voyait courbé et vieilli comme un homme de nonante ans. Le lundi 3 décembre 1883, l’attaque fut foudroyante, il décéda le 7.

Ses amis se cotisèrent pour obtenir un corbillard de deuxième classe, le Musée Calvet se chargea des frais des obsèques religieuses, un imprimeur se chargea des lettres de fairepart.

Il fut enseveli devant un petit groupe d’amis.

Sources : Vie de D.C.Cassan, par Dabry, année 1884 et Histoire du Félibrige-1854/1876 — tome 1 — René Jouveau

Œuvres de Cassan :

- Lei PARPÈLO D’AGASSO 1862
- Lei CASSANETO

- jouini sœur dei Parpèlo d’Agasso-1880-

Raymond Chabert



Yeou sieou avignounèn pur sang ;
N’ai jamai boulega de plaço.
Félibre, me cèrque pa crasso
Se, din me Parpèlo d’Agasso
Parle tou ju lou parla franc
D’Avignoun, de Mourièro e de la Barthalasso

*Jusqu’en 1856, l’île de la Ba rthelasse appartenait au Gard, malgré leur isolement par rapport au Comtat, les iliens ont toujours parlé le provençal avignonnais.